L’enfant du pays

Le 1er octobre 1842, à Fabrezan, naît l’un des plus grand poètes-savants du siècle : Charles Cros.

Originaire d’une famille de Lagrasse, Charles Cros sera un brillant étudiant. Compagnon des célébrités du Parnasse et du symbolisme, il sera l’ami de Rimbaud et de Verlaine. Poète à l’humour souvent grinçant, autodidacte et créatif inné, Charles Cros  sera connu pour ses recherches sur la photographie couleur et surtout, pour le premier « procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouïe ».

Charles Cros meurt à Paris en 1888.

A Fabrezan, les rues, les platanes centenaires et la Place gardent en mémoire l’enfant du pays que fût Charles Cros. Un musée lui est d’ailleurs consacré.

Poète

En 1869, il publie ses premiers textes : le hareng saur, A une chatte …

A une chatte

Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers, 
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas

Ton museau que ton nez termine, 
Rose comme un bouton de sein, 
Tes oreilles dont le dessin 
Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité ? 
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l’été ?

Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s’efface,

Où va la pensée, où s’en vont 
Les défuntes splendeurs charnelles ? 
Chatte, détourne tes prunelles ; 
J’y trouve trop de noir au fond.

Le hareng saur

Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu, 
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute, 
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu, 
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle – haute, haute, haute, 
Et plante le clou pointu – toc, toc, toc, 
Tout en haut du grand mur blanc – nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe, 
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue, 
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute, 
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd, 
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec, 
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue, 
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves, 
Et amuser les enfants – petits, petits, petits.

En 1978, il devient l’une des figures marquante de la bohème Parisienne.

Inventeur

Le 30 avril 1877, l’Académie des sciences enregistre un pli cacheté déposé le 18 octobre précédent par un certain Charles Hortensius Émile Cros, 34 ans. Le document décrit un procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouïe. Cet appareil est nommé paléophone par son inventeur. Ce qui signifie : voix du passé